Marcel Merkes et Paulette Merval

 
 

 

 

 

 

Mogador avant Mogador


Le théâtre Mogador a été construit par un financier et un impresario anglais, Alfred Butt, pour sa maîtresse Régine Flory en 1919. La salle serait une copie d’un célèbre théâtre londonien : le Paladium. Le théâtre est alors baptisé le Palace Théâtre mais prend le nom de Mogador peu après.

La salle va d’abord accueillir les ballets russes, des après-midi musicaux, les Thés Mogador et déjà des opérettes comme Madame l’Archiduc ou la Petite fonctionnaire en 1920-1921.

 
Mogador des frères Isola

 


Ils vont amener en France de 1926 à 1936 les grands succès des comédies musicales étrangères. Après une tournée dans les capitales étrangères pour débusquer les succès, ils décident d’inaugurer leur direction en proposant aux Parisiens une opérette de Youmans : No no Nanette. Et d’un coup, tout Paris chante the for two. La troupe jeune enthousiasme la capitale et l’on peut y voir Loulou Hergoburu, Gabrielle Ristori et Felix Oudart.




Mais leur premier grand succès est l’incontestable Rose-Marie de Rudolph Friml avec Cloé Vidiane, June Roberts et Robert Burnier. L’opérette se joue plus de trois ans de suite à partir de 1927 et bénéficie de nombreuses reprises dans ce même théâtre.

Rose-Marie marque le grand changement dans le monde de l’opérette, transformant le genre en grand spectacle, nécessitant un nombre important de danseurs et de choristes, de nombreux tableaux, un aspect visuel dominant. Rose-Marie est une réussite.

 




Les frères Isola continueront avec deux autres opérettes étrangères : Halleluiah et le Chant du désert de Romberg puis feront rentrer Offenbach à Mogador avec deux productions intéressantes : Orphée aux enfers en 1931 et La Vie Parisienne en 1934.



Orphée aux enfers connaît une distribution époustouflante réunissant le comique Max Dearly et le grand ténor de l’Opéra de Paris Lucien Muratore.

 


 

 

 


En 1932, Les frères Isola tapent fort en proposant l’Auberge du Cheval Blanc de Ralph Benatzki. Cette opérette à grand spectacle réunit une distribution brillante dominée par Georges Milton, Gabrielle Ristori et le marseillais Charpin, illustre interprète de Pagnol. Cette auberge emmène pendant 700 représentations le tout Paris dans une grande aventure au tyrol. Malgré ses stupéfiantes réussites, les frères Isola perdent la direction de Mogador en 1936. C'est la faillite.



La Vie Parisienne Acte III

 

Les frères Isola, deux grands directeurs de théâtre parisiens qui ont dirigés des théâtres aussi prestigieux que l’Opéra-Comique ou le théâtre de la Gaité-Lyrique, vont réveiller Mogador.

Le théâtre va végéter pendant quelques années proposant des revues. A signaler, la création de Balalaïka avec Reda Caire en 1938 puis de Billie et son équipe pendant un court intermède où Maurice Lehmann dirige le théâtre.

 
Le glorieux règne d’Henri Varna   (1940-1969)

 

 Henri Varna, directeur du Casino de Paris, acquiert en 1940 un Mogador qui était à la dérive et décide de le consacrer de nouveau à l’opérette.



Il commence avec l’opérette classique. Malgré les rigueurs de l’occupation, les parisiens peuvent se distraire avec Les Mousquetaires au Couvent, Les Saltimbanques, Véronique ou la Mascotte dans des distributions ou brillent les Baugé.



En 1942, il présente une Veuve Joyeuse avec Jane Aubert et le baryton Jacques Jansen, futur Pelleas d’exception et gloire de l’opéra de Paris.



Avec la fin de la guerre, le registre change. Henri Varna, propose une création La Vie de Château qui n’est pas le succès escompté.

C’est avec une reprise de Rêve de Valse que Henri Varna découvre Marcel Merkes et Paulette Merval qui vont faire les beaux soirs du théâtre pendant une trentaine d’année. L’heureux directeur va ensuite enchaîner succès sur succès dans des mises en scène somptueuses qu’il conçoit.



A Violettes impériales, succède la Danseuse aux Etoiles de Vincent Scotto sur un livret de Guy des Cars avec Marthe Labarh et Jean Chesnel.


    Le final du IIe acte de La Danseuse aux Etoiles


Elle laisse la place à une reprise de la Veuve Joyeuse avec Marina Hotine et Marcel Merkes.

Puis en 1953, c’est une Belle de New-York qui se transforme en Belle de mon cœur avec Marina Hotine qui dure à peine une saison.




La Belle de New-York Acte II

Cette opérette laisse la place à un des très grands succès de Mogador, Les Amants de Venise avec notre couple phare de l’opérette qui illuminent le théâtre de 1951 à 1955. Henri Varna ne lâche pas les gagnants qui rempilent avec Les Amours de Don Juan.

En 1957, l’heureux directeur accueille son grand ami, Tino Rossi dans Naples au baiser de feu de Renato Rascel. A nouveau, le succès que Tino Rossi lâche en 1959 et Henri Varna présente une opérette viennoise, Sissi, qui ne va pas rester pas dans les mémoires.


 



La Belle Hélène et Geori Boué à  l'acte II


Encore un coup de génie, en 1960, Henri Varna crée un choc en débauchant une des cantatrices de l’opéra de Paris des plus célèbres dans une opérette d’Offenbach. C’est la magnifique Georie Boué dans la Belle Hélène. L’exploit est réitéré avec La Veuve Joyeuse de Franz Lehar, nouveau succès pour Mogador.

 

 

 

Geori Boué et Jacques Luccioni dans la Veuve Joyeuse


Après une reprise de Rêve de Valse, Henri Varna produit Michel Strogoff de Jack Ledru avec Marcel Merkes et Paulette Merval en 1964 et après deux reprises de No No Nanette et de la Danseuse aux Etoiles avec Bernard Sinclair, propose une nouvelle version des Amants de Venise avant de créer son dernier succès, Vienne chante et danse, toujours avec notre couple vedette. Il meurt en 1969 laissant la place pendant un court intermède à Noël Marcellin. En hommage à ce si grand directeur, le théâtre prend le nom de Henri-Varna Mogador.


Ce collaborateur et ami d'Henri Varna propose Tino Rossi dans le Marchand de Soleil, une reprise de Rose Marie avec Bernard Sinclair et Angelina Cristie et les premiers pas de Francis Lopez à Mogador : Viva Napoli avec Rudy Hirigoyen et Angelina Cristie, premiers pas réussis. Rudy Hirigoyen y campe un Bonaparte très convaincant.


 


Hélène Martini et un nouveau souffle


Hélène Martini, directrice des Folies Bergères, prend en main les destinées du théâtre Mogador en 1971 et fait évoluer un peu le répertoire.


Georges Guétary dans Monsieur Pompadour


Elle produit une opérette de Claude Bolling et Françoise Dorin : Monsieur Pompadour avec Jean Richard, Georges Guétary, Micheline Dax et Eliane Varon. Malgré une très bonne presse et un bon départ, la pièce ne dure pas plus d’une saison et laisse la place à Annie Cordy.




Dans Hello Dolly, la comédie musicale où avait triomphé Barbara Streisand, Annie Cordy est au mieux de son art dans cette production qui ne résiste hélas pas non plus.



En 1973, Hélène Martini fait alors appel aux valeurs sûres, Marcel Merkes et Paulette Merval, qui interprètent pendant plus d’une saison la nouvelle opérette de Georges Garvarentz et Charles Aznavour : Douchka.



La dernière production de notre directrice, qui voulait faire changer Mogador, est une comédie musicale de
Schönberg et Boulbil : la Révolution Française. Cet opéra rock est la continuation des représentations du succès du Palais des Sports. Il continue à Mogador sa belle lancée.



Mogador dans l’incertitude



Le départ d’Hèlène Martini amène une période d’incertitude. Le théâtre propose toujours des opérettes mais le plus souvent des reprises d’anciens spectacles montées à l’économie. La dernière création de cette période est une opérette de Francis Lopez qui débute en février 1975 : Fiesta avec Maria Candido, Franck Villano, Maurice Baquet et Katia Tchenko. Le spectacle tient jusqu’ au début de l’été.


 

 

Mogador lors d'une représntation de Valses ed Vienne


A la rentrée de cette même année, c’est André Huet qui prend en main le théâtre. Ancien directeur du Châtelet, il va proposer des reprises des spectacles de ce théâtre. Notamment, Valses de Vienne de Strauss avec Jean-Claude Darcey. On rogne les décors trop grands et le spectacle remplit la salle.



André Huet va ensuite proposé une reprise de Rêve de Valse avec Michel Philippe puis Jean Claude Darecy et Odette Romagnoli.

La Belle de Cadix investit Mogador avec Miguel Cortez et un nouveau qui chante encore baryton, José Villamor.



Valses de Vienne est repris et en 1978, la production du Pays du Sourire passe du Châtelet à Mogador.



Avec l’année 1979, les productions s’espacent. On voit l’opéra de 4 sous de Brecht, production du Grenier de Toulouse, puis une Périchole. Le théâtre est loué à qui veut et n’a plus de véritable programmation.


Francis Joffo et Arta Verlen dans l'Auberge du Cheval Blanc.

 


Pour les fêtes 1979, L’Auberge du Cheval Blanc revient avec Arta Verlen et Francis Joffo. Puis le théâtre se ferme à l’opérette puis à tous spectacles.


Mogador au temps

de Fernand Lumbroso


En 1982 et après des travaux, le théâtre grâce à la direction de Fernand Lumbroso connaît une nouvelle vie, hélas éloignée de sa grande tradition de l’opérette. On y voit des mise en scène de Jérôme Savary (la femme du boulanger, Cyrano de Bergerac) et de Robert Hossein. La comédie musicale est aussi présente avec la mémorable production de Cabaret avec Ute Lemper en 1987. Elle partage ce succès avec Michel Dussarat et Magalie Noël. EN 1990, Michel Berger et Luc Plamandon créent sur une mise en scène de Jérôme Savary la légende de Jimmy avec Tom Novembre, Diane Tell et Nanette Workman. L’année 1991, voit la reprise du spectacle du Châtelet, 42e rue.



La rentrée 1991 sera surtout marquée par la reprise des Misérables de Schönberg et Boulbil. Ce n’est pas la reprise du spectacle du Palais des Sports de 1980 monté par Robert Hossein mais la production qui a fait un triomphe à Londres et à New-York. Cette nouvelle version est montée fastueusement avec un orchestre digne de la grande tradition du Mogador des années 1950, avec une pléiade de bons chanteurs et dans une mise en scène qui est restée dans les mémoires. Robert Marien et Patrick Rocca s’y illustrent brillamment ainsi que Maria Zamora, Louise Pitre et Stéphanie Martin. La critique est bonne mais le spectacle tient à peine une saison.



La direction enchaîne en 1993 avec une excellente production de Kiss me Kate de Cole Porter, mise en scène par Alain Marcel avec Maria Zamora, Bernard Alane et Fabienne Guyon.



La rentrée 1993 voit une nouvelle production, la troisième, de Starmania en alternance avec la version anglaise Tycoon, le tout hélas sur une bande son.

Richard Chamberlain donne ensuite quelques représentations de My Fair Lady. Le 20 avril 1994, Fernand Lumbroso décède et laisse la direction à Denise Petitdidier.

La direction de Denise Petitdidier commence avec une reprise de Cabaret dans la mise en scène de Savary avec Dee-Dee Bridgewater et Marc Lavoine. Le spectacle manquant d’ivresse ne reste pas longtemps à l’affiche et laisse la place au retour de La Belle de Cadix de Francis Lopez avec José Todaro.



La rentrée 1997 propose La vie en bleue, une comédie musicale sur la vie de Picasso, mis en scène par Robert Hossein, le tout sur une bande son et le tout ne dure pas longtemps. L’Auberge du Cheval Blanc fait son retour en 1999 avec Vincent Vittoz et Anne Barbier. Monté avec peu de moyen, bien que dépoussiérée, l’auberge ferme à la fin de la saison.



La création de la Cage aux folles à la rentrée 1999 est montée avec aussi peu de moyen et malgré une distribution intéressante (Patrick Rocca et Bernard Alane), le spectacle s’arrête vite.



Jack-Henri Soumère et Mogador


Jack-Henri Soumère, directeur du théâtre de Longjumeau et de l’opéra de Massy, arrive en 2001 à Mogador avec une solide expérience dans le théâtre et l’opérette et propose une version de Notre Dame de Paris avec un orchestre. En 2002, la création de l’ombre d’un géant de François Valéry déçoit et ne reste pas longtemps à l’affiche.



La rentrée 2002 voit la nouvelle version de Emilie Jolie de Philippe Chatel. Depuis 2006, le théâtre Mogador est devenu la propriété de Stage Entairtenment et rouvre avec Le roi Lion. Le théâtre Mogador va-til redevenir un théâtre uniquement réservé à la comédie musicale ? L’avenir nous le dira.

 

 

Références :

Programmes, articles de presse et le dossier très complet de Jean Claude Fournier du magazine Opérette.

 

© jefh14@yahoo.fr

 

 

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